Revenu de base, réduction du temps de travail, quelles solutions pour que mon boulot ne soit plus de détruire des emplois ?

21 avril 2014

Je suis développeur. Une partie de mon boulot c’est d’automatiser des choses, d’augmenter la productivité, tout ça. La conséquence évidente c’est qu’au bout d’un moment ça finit par réduire la quantité de travail humain nécessaire.

Naïvement, on dirait bien que c’est cool : le travail salarié (celui qu’on fait pour gagner sa vie) est en grande partie une charge dont on se passerait bien (même s’il peut être intéressant et enrichissant sur d’autres plans que financiers) dès lors qu’on a intégré qu’on pouvait très bien réaliser des tas de chose en dehors de la sphère salariale/marchande.

Quand je dessine mes BD en 4 cases, quand je fais des sites et forums communautaires, quand j’écris ou quand je développe des petits logiciels divers, ça ne me rapporte pas un centime (au contraire même, je paye plusieurs centaines d’euros par an pour le serveur qui héberge mes sites et forums). Pourtant j’ai tout autant sinon plus la sensation de réaliser quelque chose d’utile. Au sens large, si mes BD font marrer quelques personnes c’est utile, non ? De même pour des forums qui permettent à une poignée de personnes d’échanger sur un sujet qui les intéresse. C’est a priori au moins aussi utile dans l’absolu que quand je participe contre rémunération (sauf en ce moment mais c’est temporaire ^^) au développement d’une solution e-commerce. À la limite je me passerais bien de l’e-commerce mais il faut bien “gagner sa vie” comme on dit.

Du coup réduire le travail humain nécessaire (surtout quand il est fastidieux, ce qui est souvent le cas lorsqu’il est automatisable) ça parait bien de prime abord. Pas parce que ça enrichit des investisseurs mais parce qu’on se dit qu’on pourrait finir par travailler moins pour gagner de l’argent et donc avoir plus de temps pour faire des choses sans chercher la rentabilité.

Et effectivement, la productivité augmente bien (oui, la courbe descend mais c’est parce qu’elle montre l’augmentation de la productivité et pas la productivité elle même). En France on est même très bien placés a priori.

Bon, maintenant augmenter la productivité, ça ne fait pas automatiquement travailler moins. Enfin si mais il y a plusieurs manières de répartir les choses. En l’état actuel des choses, la seule chose à laquelle ça aboutit c’est de “détruire des emplois”, ce qui réduit effectivement le temps de travail moyen mais en sacrifiant toute une part de la population.

Augmenter le chômage

La première solution c’est celle que nos dirigeants appliquent actuellement (c’est donc sûrement la meilleure, n’en doutons pas) : augmenter le chômage. La fameuse destruction d’emploi dont on nous rebat les oreilles continuellement (sans jamais critiquer la hausse de productivité, curieusement). Bon officiellement c’est pas ça qu’ils font hein, ils luttent activement contre le chômage en organisant des “chocs” et “pactes” divers et en brassant surtout beaucoup de vent. Et parallèlement ils font tout ce qu’ils faut pour que ça ne s’arrange pas, en favorisant les heures supplémentaires par exemple.

Au final les changements d’indicateurs et radiations plus précoces sont les seules opérations vraiment efficaces pour faire baisser les chiffres. Alors oui ça ne fait baisser que les chiffres (voire juste le chiffre de l’augmentation), donc ça ne résout rien fondamentalement mais ça permet de se féliciter pour son action “efficace”.

Par contre le chômage a un point intéressant pour la classe des dirigeants et investisseurs : les gens sont prêt à être payés moins et ça c’est cool. Pour eux du moins, pour tous les autres un peu moins.

Bon, personnellement je ne vous cacherai pas que ce n’est pas la solution qui a ma préférence. Sans doute parce que je ne suis pas employeur j’imagine. Mais en même temps le ratio employeur/employé est en principe en faveur des employés, donc à première vue on pourrait se dire que l’intérêt général n’est peut-être pas à favoriser exclusivement les employeurs au détriment des employés (et des chômeurs).

Réduire les salaires

Réduire les salaires (ou ne pas les augmenter, ce qui revient au même si on tient compte de l’inflation), c’est ce que proposent certaines personnes, dont le patron du MEDEF récemment. On peut imaginer que ça marche : d’une part les entreprises ont plus de liquidités et d’autre part les salariés moins payés sont moins motivés et donc moins productifs, donc on a des chances de créer des emplois.

Bon, sur le long terme c’est moins sûr. Je ne suis pas économiste mais je me dis que être payé moins ça veut dire consommer moins, donc baisser les ventes et donc baisser le nombre d’employés nécessaires. Ça peut marcher en exportant si les pays voisins gardent un pouvoir d’achat fort (c’est comme ça que l’Allemagne a pu avoir de bons chiffres pendant un temps) mais ça ne peut pas marcher éternellement : au bout d’un moment soit les voisins suivent en nivelant par le bas, soit ils adoptent des mesures protectionnistes.

Mais surtout je ne suis pas certain que ce soit dans l’intérêt général que d’appauvrir les employés. Même si c’était vraiment bon pour l’économie (ce qui reste à prouver) c’est difficile à assimiler à un progrès. Donc là non plus je suis pas très fan.

Réduire le temps de travail

Une autre solution serait de réduire le temps de travail hebdomadaire. C’est notamment ce que propose Nouvelle Donne (bon là c’est court parce que c’est de la com’ mais on peut trouver des argumentaires plus développés). Savoir s’ils le feraient effectivement s’ils arrivaient au pouvoir est évidemment une autre question… on a pu voir ces dernières années que les promesses électorales n’étaient pas toujours toutes (euphémisme) tenues. En même temps ça fait au moins une décennie et demie que Larrouturou milite pour ça avec de bons arguments à l’appui, on peut supposer qu’il y croit effectivement.

Mécaniquement, une baisse suffisante du temps de travail (pas juste un peu, sinon c’est absorbé par la hausse de productivité et des heures sup’) hebdomadaire devrait finir par créer des emplois.

Je dois dire que ça me plait déjà plus comme solution : ça rejoint ce dont je parlais au début.

Un revenu de base inconditionnel

Là, l’idée est de verser un revenu de base inconditionnel à tout le monde (enfants, adultes, retraités, etc, qu’ils aient une activité rémunérée ou non). Les modèles varient selon leur promoteur mais en l’occurrence il faudrait que ce soit suffisant pour qu’on puisse choisir de ne pas avoir d’activité rémunérée ou au moins à temps partiel. Le financement c’est pas forcément trivial mais il y a de nombreuses pistes possibles.

La destruction d’emplois devient d’un coup nettement moins problématique et le spectre du chômage ne pousse plus autant les salaires vers le bas (surtout dans les boulots de merde : les gens n’accepteraient plus aussi facilement de les faire pour une paye dérisoire). On peut garder le même temps de travail hebdomadaire sans que ce soit grave, voire envisager de céder un peu sur la flexibilité si chère aux patrons (si le montant du revenu de base est vraiment suffisant pour vivre de manière décente).

Là aussi l’idée me plait bien, d’autant plus qu’il ne s’agit pas juste de patcher l’existant mais vraiment de tenter quelque chose de nouveau qui sort du principe purement capitaliste. Avec des retombées potentielles intéressantes, comme par exemple de largement améliorer la situation des artistes : s’ils ont déjà un revenu décent, les revenus générés par leur activité artistique ne constituent qu’un complément (nécessaire si on veut avoir un train de vie élevé mais pas nécessaire à la survie), ce qui devrait changer significativement leurs relations avec les éditeurs autres intermédiaires (et rééquilibrer les rapports de force qui engendrent ces derniers temps des horreurs législatives au nom du droit d’auteur).

Sur ce dernier point, la réduction drastique du temps de travail pourrait aider aussi : si on passe à une semaine de 4 voire 3 jours à terme, ça en laisse autant de disponible pour des activités artistiques. Je dois dire qu’il m’arrive de me demander si “artiste” doit être un métier ou bien ne serait-il pas mieux que ce soit une activité complémentaire partagée par le plus grand nombre… À ce stade je n’ai pas d’avis tranché sur la question.

Conclusion

Évidemment il est possible de combiner les différentes pistes ou d’en faire des variantes. Quoiqu’il en soit, les deux directions qui ont l’air d’être les plus sérieusement envisagées par nos élites dirigeantes sont clairement les deux premières, soit celles qui sont surtout avantageuses pour les employeurs et investisseurs. Et notre président prétendument de gauche (#LOL) suit allègrement les traces de son prédécesseur sur ce point.

Les deux dernières pistes me semblent bien plus prometteuses du point de vue de l’intérêt du plus grand nombre. Je ne saurais dire laquelle a vraiment ma préférence, les deux ont leurs avantages et inconvénients.

La réduction du temps de travail serait sans doute plus facile à faire passer car elle n’implique pas de grosse remise en question et d’autre part pousse le plus grand nombre à avoir un travail rémunéré, même si c’est sur une durée plus courte qu’actuellement, ce qui d’un certain point de vue donne l’impression d’une bonne répartition des charges entre les individus. L’inconvénient majeur est de ne pas résoudre d’autres problèmes comme celui des artistes évoqué plus haut ou la place trop grande (à mon sens) qu’ont l’économie et les activités lucratives dans le discours et les préoccupations des gens.

Le revenu de base est plus difficile à faire passer mais me semble intéressant justement parce qu’il chamboule un peu le système, ce qui peut donner lieu à des évolutions très positives. Il nécessite que l’on admette que des activité non-lucrative peuvent être aussi utiles pour la société dans son ensemble. En effet, comment expliquer par exemple que si je fais mon ménage moi-même cela n’a aucune valeur alors que si j’emploie quelqu’un pour le faire, ça a tout d’un coup de la valeur ? Idem lorsqu’on élève ses enfants, qu’on cultive son jardin, qu’on fait du bénévolat, etc. Toutes ces activités sont utiles globalement à la société mais comptent pour quantité négligeable du moment qu’on les fait pour soi ou ses proches. Les inconvénients sont une difficulté à le financer et un risque à ce que trop de gens “se la coulent douce”, même si je n’y crois qu’a moitié.

Donc pour moi il faudrait enfin envisager sérieusement une de ces deux voies. De préférence d’ailleurs envisager sérieusement les deux pour dégager la meilleure et pas se lancer aveuglement dans la plus simple et la moins risquée à première vue. Mais il semblerait que pour les gens au pouvoir, qu’ils se réclament de droite ou de gauche (dans le discours électoral du moins, parce que dans les faits une fois élus on ne voit pas trop la différence) ne semblent pas vraiment pressés de se pencher dessus…

Pourquoi je ne lis que des livres papier ?

22 mars 2014

Ça fait un moment que je n’ai plus écrit de pavé d’article ici, donc comme je vois passer de nombreux tweets et articles sur le sujet mais aucun qui reflète réellement mon cas, je me suis dit que c’était une bonne occasion.

Cela pourra paraître surprenant à ceux qui suivent un peu les articles que je relaye sur Twitter mais effectivement, je ne lis (presque) que des livres papiers (notons que je parles bien là de « livres » c’est à dire de textes longs. Concernant la presse et les textes courts en général, je ne les lis que sur écran). Mes raisons ne sont par contre pas celles avancées en général.

Ce n’est pas que je considère qu’un livre électronique ne serait pas un « vrai » livre mais juste une sorte de sous-produit au rabais. Ce n’est pas non plus la sensation quasi érotique que semblent ressentir certains au toucher du papier ou lorsqu’ils reniflent l’odeur d’un livre. Ni même la crainte que le livre numérique tue les auteurs à coup de piratage. Non, rien de tout ça.

Les raisons principales sont les suivantes :

  • je suis attaché aux objets
  • je préfère un support durable
  • j’ai beaucoup de mal à concevoir l’achat d’un objet immatériel
  • lire reste une des rares activités que je ne fais pas devant un écran

Cet ordre ne reflète pas un ordre d’importance, je serais bien incapable de dire laquelle de ces raisons est prépondérante. D’autant que cet aspect évolue rapidement dans le temps.

Voyons donc tout ça en détails.

L’attachement aux objets

Il s’agit là de la seule raison purement affective du lot, les autres étant plutôt pratiques et/ou philosophiques.

Lorsque je dis que je suis attaché aux objets, je ne parle pas de l’objet livre en particulier mais des objets en général. J’ai toujours été un collectionneur (certains diront plutôt « amasseur », ce qui ne serait pas forcément faux, l’idée de compléter une collection étant finalement secondaire) : gamin j’ai collectionné billes, vignettes autocollantes, pin’s et autres pogs. Puis j’ai enchaîné sur les jeux de cartes à collectionner, principalement avec Magic (mais j’en ai essayé beaucoup d’autres). Il est naturel qu’en cet attrait se soit prolongé sur les livres (romans, BD, mangas) et aussi DVD, CD, etc. J’aime bien avoir plein d’objets autour de moi.

Ce c’est pas le cas de tout le monde, loin de là mais c’est mon cas et en l’occurrence c’est mon cas qui importe. Inutile d’essayer de contre-argumenter sur ce point, ce serait à peu près aussi pertinent que d’argumenter sur le fait de savoir si c’est bien ou justifié d’aimer le goût du chocolat.

Passons maintenant aux raisons plus pratiques et philosophiques où pour le coup il peut y avoir matière à argumenter ^^

La lecture, une activité hors écran

Étant développeur web, mon activité professionnelle se pratique quasi-exclusivement devant un écran. Il en va de même de la plupart de mes activités de loisirs : jeux vidéos, visionnage de séries et films, Twitter, lecture d’artcicles, blog, dessin (depuis que je ne dessine quasiment plus que sur ma tablette graphique)… Il n’y a plus grand chose qui ne soit pas sur un écran. Garder la lecture dans cette catégorie me semble sain. Je ne sais pas si c’est mieux pour mes yeux ou pas mais garder des activité hors écran me semble une bonne chose.

D’autant que ce que je lis le plus ce sont des mangas (c’est ce qui se lit le mieux dans les transports) et ça pour avoir fait le test, sur un écran c’est vraiment moyen. Autant pour du texte ça passe, autant de la BD c’est pas ça.

Un support durable

Un point très problématique avec le livre numérique c’est qu’il est facile à perdre. Certes le livre papier peut se détériorer avec l’âge ou bien brûler dans un incendie mais c’est bien peu par rapport à un livre électronique. Préserver durablement un livre électronique est à la fois plus simple et plus difficile. D’un côté il est naturellement facile à récupérer si on le perd puisqu’une copie ne coûte rien et qu’il suffit de trouver quelqu’un qui l’a mais de l’autre si on veut ne pas dépendre de quelqu’un d’autre pour nous le retrouver il faut déployer un certain niveau d’efforts pour mettre en place des sauvegardes régulières pour palier à tout ce qui peut arriver : panne matérielle, perte du support, virus, voire suppression par le fournisseur. Pour ce dernier point, je pense par exemple au cas de ce professeur qui lors d’un voyage à Singapour a eu la mauvaise surprise de voir tous ses livres supprimés par Google Play) ou encore de la fois où Amazon a si ironiquement effacé tous les exemplaires de 1984 des liseuses de ses clients. Évidemment, tous les système proposant des livres électroniques ne sont pas aussi intrusifs mais il reste que pour me priver d’un livre papier il faut s’introduire physiquement chez moi, ce qui est interdit par la loi sans invitation (et dans ce cas c’est en règle générale sous ma surveillance), alors que pour me soustraire un livre numérique c’est beaucoup plus simple et discret.

Le fait est que quand on achète un livre numérique on ne le possède pas vraiment, ce qui nous amène au point suivant.

Acheter du dématérialisé a-t-il un sens ?

J’ai toujours trouvé qu’acheter du dématérialisé dont la copie ne coûte rien et ne prive personne avait peu de sens. Le fait est que plus je creuse la question et lit des articles sur le sujet, plus je suis convaincu que c’est effectivement un non-sens, comme l’analogie assimilant le piratage à du « vol ». En effet, un livre numérique n’est pas un bien rival : si on le copie, on ne prive personne, on a juste un nouvel exemplaire. Si on le fait en dehors du cadre légal que sont la copie privée ou le téléchargement autorisé par l’ayant droit (souvent moyennant finance) on a certes commis une infraction au regard de la loi mais il ne s’agit en aucun cas d’un vol puisqu’on n’a privé personne de son exemplaire. Le seul cas qui serait assimilable à du vol ce serait si après avoir fait la copie, on effaçait l’original. Mais force est de constater que c’est très rarement le cas.

Dès lors quel sens peut avoir l’achat d’un tel bien ? Que possède-t-on lorsqu’on achète un livre numérique ? Le plus souvent la réponse est : un simple droit de lecture. En effet, la plupart des plateformes de téléchargement de livres numériques vous vendent un livre que vous ne pourrez pas donner, ni prêter, ni léguer, ni même revendre. Pire, comme évoqué plus haut, le « vendeur » peut même vous en priver à tout moment si une raison suffisante (de son point de vue) se présente. C’est bien loin de ce qu’on appelle « posséder » quelque chose.

Il y a bien des plateformes de ventes sans DRM qui donnent plus ou moins de vrais droits sur ce qu’on achète mais c’est loin d’être la règle. Et même dans ce cas quel sens cela a-t-il quand on peut copier le livre sans aucun coût ?

La vente de livres numériques (cela vaut aussi pour la musique, le cinéma ou les logiciels, hein, mais là on parle de livres) me semble bien n’être ni plus ni moins qu’une bonne grosse escroquerie intellectuelle.

Par contre cela n’exclut pas que l’auteur puisse être rémunéré. Que ce soit par crowdfunding avant la mise à disposition, par des services annexes, par des dons, etc. Il y a encore beaucoup à faire et à inventer de ce côté-là mais je suis convaincu que cela ne doit pas passer par de la vente de fichiers numériques.

Conclusion

Voilà donc pourquoi je ne lis que des livres papier. Pour autant je n’ai rien contre le fait que d’autres lisent en numérique, au contraire. Ce qui me convient à moi ne conviendra pas à d’autres et inversement. La diversification des support est donc une très bonne chose. Le seul bémol étant l’énorme perte de liberté du lecteur qui accompagne encore trop souvent les livres numériques. Espérons que ce point changera. Même si c’est globalement loin d’être gagné.

Je n’ai pas insisté trop lourdement sur les aspects rémunération des auteurs (croyez-moi j’y suis sensible, parce que même si je ne suis pas auteur de livres, je suis développeur donc auteur de logiciels, l’aspect rémunération du créateur au sens large me concerne donc aussi directement), piratage et réforme du droit d’auteur (et plus généralement de la très mal nommée « propriété » intellectuelle) car mon pavé est déjà bien assez long et que ce n’est pas directement le sujet. Mais sans doute cela donnera-t-il lieu à d’autres articles à l’avenir.

Toujours afficher la barre d’adresse dans Firefox pour Android

25 janvier 2014

Depuis quelques versions, la dernière zone d’interface utilisateur survivante de la version Android de Firefox, la barre d’adresse, a acquis la merveilleuse capacité de disparaitre quand on fait défiler la page.

Je n’ai aucun doute que sur un téléphone timbre-poste ça peut être intéressant. Par contre l’imposer à tous c’est oublier un peu vite qu’Android ne se limite pas à ça. Il fonctionne aussi sur des tablettes ou des téléphones avec un écran utilisable où on peut garder cette barre à l’écran tout en ayant encore la place pour autre chose (je sais ça a l’air fou dit comme ça). Il eut donc été malin d’en faire une option et non pas de l’imposer à tout le monde sans distinction. Hélas, les options de configuration de Firefox pour Android sont dramatiquement limitées et celle-ci n’en fait pas partie.

Donc le grand public devra bien se contenter de continuer à jouer à cache cache avec sa barre d’adresse. Pas de chance pour lui. Pour les autres il y a tout de même une solution ne nécessitant même pas d’installer une extension, car Firefox reste bien plus ouvert que ses concurrents et permet donc de personnaliser certaines choses pour peu d’être prêt à faire le grand saut et à ouvrir about:config au risque de tout casser si l’on n’y prend pas garde. (parce que là plus de garde fou ni d’explication quelconque, démerdez-vous. Vous vouliez faire autre chose que ce que les spécialistes ont décidé pour vous, faut assumer maintenant).

La procédure reste simple une fois qu’on sait quoi chercher :

  • taper about:config dans la barre à tout faire
  • rechercher le mot-clé dynamic
  • changer la valeur de la clé browser.chrome.dynamictoolbar à false

Félicitations, vous venez de contrer l’une des dernières régressions de l’interface de votre navigateur. En espérant que cette variable de configuration restera prise en compte dans les futures versions.

Mélangeons les couleurs… ou le détail qui rend une interface inutilisable

14 décembre 2013

Ce matin, je me suis dit que comme parmi mon groupe d’amis j’étais seul connecté Guild Wars 2, j’allais faire mes objectifs quotidiens JcJ. Là j’ai constaté que quelque chose avait changé sans figurer dans les notes de mises à jour (ou alors je l’ai raté) : on ne peut plus choisir quelle équipe on rejoint lorsqu’on rejoint une partie. Sur le principe je comprends assez bien qu’il s’agit d’empêcher le joueur qui rejoint la partie de se mettre dans l’équipe qui a le plus de points, la renforçant du coup et creusant l’écart, ce qui semblerait assez raisonnable. Sauf que du coup ça rend encore plus saillant un gros vice de conception sur lequel je pensais écrire un article depuis un moment, sans prendre le temps de le faire : un gros foirage dans l’utilisation des couleurs.

Comme dans beaucoup de jeux vidéos, des codes couleurs permettent de différencier les alliés des ennemis. En l’occurrence, tout ce qui est allié est indiqué dans une nuance de vert ou bleu et ce qui est ennemi en rouge (plus du blanc ou jaune pour les non-hostiles mais attaquables). Tout ça marche très bien lorsqu’on joue en JcE où tout est clair dans l’ensemble. Par contre ça se corse grandement quand on passe en JcJ. Dans ce dernier mode, deux équipes de joueurs s’affrontent avec divers objectifs, chaque équipe étant identifiée par une couleur. Et fort logiquement, ces couleurs sont… le bleu et le rouge !

Normal me direz vous, comme ça c’est cohérent avec le reste. Oui mais non. Parce que le bleu identifie l’une des équipes mais pas forcément la votre. Vous pouvez très bien vous retrouver dans l’équipe rouge. En principe, à ce state vous devriez commencer à saisir le problème mais pour bien préciser les choses, voici ce que ça donne dans le cas de l’activité “Bagarre de barils” (où des barils de bière sont balancés périodiquement au milieu de la carte, l’équipe gagnante étant celle qui en aura rapporté le plus dans sa “base”) :

Je ne sais pas pour vous mais quand je vois ça, j’ai toujours du mal à bien cerner ce qui représente mon équipe et ce qui représente l’équipe adverse…

J’ai beau tourner ça dans tous les sens, je n’arrive pas à comprendre comment ils en sont arrivés là. Parce qu’on ne parle pas d’un petit projet de fin d’étude, là, on parle d’un des MMORPG les plus joués du moment, vendu à plusieurs millions d’exemplaires, d’un jeu qui a pris des années à développer par une équipe conséquente, d’un jeu sorti depuis maintenant bientôt un an et demi et qui est régulièrement mis à jour.

Dans ces conditions il semble impensable qu’il n’y ait pas un jour un des membre de l’équipe qui ait lancé une phrase du style “Dites, je pense à un truc là, on aurait pas un problème avec les codes couleurs ?”. Et franchement, j’aimerais vraiment savoir ce qu’ont bien pu répondre les autres pour qu’au final la décision soit prise de laisser les choses en l’état. Parce que là, je dis chapeau, justifier un truc aussi absurde, c’est une belle performance !

Et en attendant je vais arrêter de jouer en JcJ parce qu’autant avant je faisais en sorte de toujours être dans l’équipe bleue histoire d’avoir un truc cohérent, autant là vu qu’on peut plus choisir…

EDIT 21/12/2013 : Bon apparemment la suppression du choix de l’équipe ne devait être qu’un bug, parce qu’il a été rétabli depuis… Donc ça redevient jouable. Mais ça ne change rien au problème initial des codes couleur !

Australis, on n’arrête pas la chromocopieuse en marche…

21 novembre 2013

Hier il y a trois jours (c’est ça quand on traine à finir un article), la nouvelle version de l’interface de Firefox, nommée Australis, a été versée dans la nightly (c’est à dire la pré-version v+3, la beta étant la v+1 et aurora est la v+2). Il nous reste donc encore quelques mois avant de l’avoir sur une version en cours.

Alors Australis c’est quoi ? Pour les pressés, je résume en version courte : disons que c’est environ Chrome mais avec un moteur Gecko. Mais si vous avez le temps, vous pouvez lire la suite.

Donc en gros qu’est-ce qui change ? Le point le plus visible et qui fait environ le quart du contenu des quelques articles que j’ai lu sur le sujet c’est les nouveaux onglets aux coins arrondis top cools de la mort qui tue. Si si, la preuve avec la merveilleuse capture qui appuie en général le propos :

Australis - Et le coin arrondi fut.

Passé l’instant d’extase où on se dit qu’enfin Firefox a des onglets plus encombrants qui ressemblent à ceux de Chrome, on se rappelle que c’est purement cosmétique et que ça ne change fondamentalement pas grand chose. Du coup on passe à la suite pour voir ce qui change vraiment (non je n’aurais pas fait un article juste pour des coins arrondis, je m’attache souvent à des détails à la con mais faut pas pousser non plus :euh: ).

Ce qui change c’est qu’on a quelques autres trucs directement importés de Chrome :

  • encore moins de boutons visibles par défaut. Comme dans Chrome, quoi.
  • un bouton pour le menu, comme dans Chrome, coincé d’office à droite (on risquerait de le perdre si on pouvait le déplacer, donc ne prenons pas de risque ! Si Google l’a mis là c’est qu’il doit y avoir une bonne raison).
  • la disparition du titre de la page courante en titre de fenêtre (pas que par défaut, pas moyen de le remettre). Moi j’aime bien pourtant avoir le titre complet visible et plus de 3 pixels pour pouvoir attraper ma fenêtre en mode plein écran et la changer d’écran mais bon, Chrome ne fait plus ça depuis longtemps, faut vivre avec son temps.
  • sûrement d’autres trucs que j’ai ratés et qui manquaient certainement affreusement aux gens qui ont l’habitude de Chrome et passeraient bien sur un logiciel libre mais sans rien changer à leurs habitudes (pour rappel, il me semble que Chromium n’est pas trop loin de remplir ces critères).

Mais rassurez-vous, comme le dit l’article de présentation de Mozilla :

Firefox can’t simplify by just removing things and still be Firefox — the same less isn’t more for everybody, and Firefox has been successful by being the browser that does things that people, including power-users, want.

J’aurais pas dit mieux (même si moi je l’aurais dit en français). Par contre je sais pas si c’est une tentative d’auto-persuasion, de l’aveuglement ou un abus de substances illicites qui font voir de éléphants rouges mais en fait ils ont environ fait l’inverse puisqu’un certain nombre de libertés d’organisation ont sauté. En effet, après quelques tests, j’ai relevé ça :

  • les boutons précédent, suivant et rafraichissement qui étaient jusqu’à présent déplaçable n’importe où sont maintenant soudés à la barre d’URL, de part et d’autre, histoire de faire travailler un peu la souris. Donc plus moyen de les mettre ensemble où on veut.
  • l’option de placer les onglet en dessous ou au dessus de la plupart des barres d’outils n’est plus prise en compte. Il parait que c’est mieux, plus logique et tout et tout… Personnellement j’ai que la barre d’URL et les boutons qu’elle a phagocyté (voire point suivant) qui soient en rapport avec l’onglet courant, donc avoir la barre au dessus, je trouve pas si logique que ça… Mais bon, Chrome fait comme ça, donc…
  • la barre d’URL qui pouvait avant se placer sur n’importe quelle barre est maintenant coincée sous les onglets. Parce que oui on peut avoir une barre de menu au dessus des onglets avec le moteur de recherche et des éléments perso mais pas la barre d’URL, ça c’est mal… sauf que moi j’ai l’habitude de la placer avec des éléments de taille adaptée pour pas perdre de place. Et si j’ai envie de la mettre ailleurs, pourquoi m’en empêcher ?
  • symétriquement, si on fait apparaitre la barre de menu (vous savez celle avec du texte et des entrées assez stable d’une application à l’autre mais qui a tendance à disparaitre de plus en plus), celle-ci est coincée au dessus des onglets. C’est con, moi j’avais l’habitude d’avoir la barre d’URL et le menu sur la même ligne… Pourquoi diable m’en empêcher ?
  • la barre de modules disparait… Donc on ne mettra plus aucune info en bas. C’est mal le bas sans doute.

Donc c’est clair : j’ai pas moyen de placer la moitié des éléments comme je les place actuellement mais cette nouvelle version est super personnalisable. Si si, c’est écrit c’est forcément vrai ! (comme quand Apple dit que les empreintes digitales ne quitteront pas le téléphone)

Les empreintes digitales seront exclusivement stockées sur le téléphone ! #OnYCroit

Après je dis pas que tout est mauvais, hein. Le bouton de menu ouvre un menu qui est vraiment personnalisable, lui et ça c’est très bien. Le hic c’est que pouvoir personnaliser un menu qui ne s’ouvre qu’en cliquant sur un bouton c’est un piètre palliatif à la personnalisation de l’interface visible. J’ai un écran de taille largement suffisante pour me foutre totalement de perdre 25 pixels avec une barre d’outils. Si si je vous assure.

Alors je veux bien croire qu’Australis est sûrement plus personnalisable que Chrome (ce qui ne me semble pas trop dur pour le peu que je l’ai essayé). Mais moi mon critère de comparaison c’est pas Chrome, c’est Firefox. Parce que oui, c’est Firefox que j’utilise depuis de nombreuses années, Chrome il est installé à côté juste pour pouvoir détecter les bugs liés à Webkit dans les sites que je développe (je reconnais donc volontiers que je risque de le voir de plus en plus souvent étant donné à quel point la situation empire progressivement de ce côté là mais c’est un autre débat). Et comparé à mon Firefox actuel, c’est nettement moins personnalisable.

Et ne me dites pas que c’est pour mon bien si je peux plus déplacer mes éléments comme je veux. Si j’avais voulu qu’on décide pour moi, j’aurais pris un navigateur Apple.

Donc oui cette nouvelle interface ravira sans doute les transfuges de Chrome, ainsi que les gens qui ont peur quand ils voient plus de 3 boutons dans une application (même si je suis sûr que de ce côté là on peut encore faire beaucoup mieux). Mais ce serait sympa de pas oublier les utilisateurs avancés. Mais vraiment pas oublier, hein, genre un truc qui se traduit par des faits pas juste un texte qui dit le contraire des faits (pour ça on a déjà des politicien(ne)s).

D’autant que là on ne parle pas de fonctionnalités supprimées qui simplifient le code pour le rendre plus maintenable et plus léger, hein, je parle de bridages forcément volontaires qui jusqu’à preuve du contraire en rajoutent donc !

Bon, heureusement, restent deux points positifs. D’une part, c’est encore en nightly, il peut donc largement y avoir des ajustements d’ici à la version finale (notamment pour réintroduire de la flexibilité là où elle est inutilement absente). Et d’autre part Firefox a un système d’extensions qui fait qu’ont trouvera rapidement de palliatifs à tout ça (notamment cette extension semble prometteuse). Mais c’est lourd à force de devoir installer des dizaines d’extensions et farfouiller dans about:config non pas pour améliorer son navigateur mais juste lui éviter de régresser.

Donc vous l’aurez compris, j’adoooore l’évolution de Firefox :) Il a de la chance d’avoir peu de concurrents libres et cross-plateforme de qualité.

D’autant que comme j’ai pu le lire sur Twitter :

Je déteste aussi Australis parce que j'y vois une étape dans le remplacement du puissant Firefox Desktop par son très limité cousin mobile

Et ça c’est vraiment flippant quand on voit à quel point Firefox est limité sur Android…

P.S. : J’ai la flemme de tout relire pour savoir si j’en ai parlé ou pas mais dans le doute, je dirais que globalement, ça ressemble un peu à Chrome. Mais juste un peu et c’est sûrement fortuit !

P.S. 2 : Bon, le bon point c’est que cette fois ils ont rien cassé dans le backoffice de Change \o/ (oui c’était pour tester ça initialement quand j’ai mis à jour ma nightly…)